A quoi ressemble une journée de femme enceinte ?

A quoi ressemble une journée de femme enceinte ?

A quoi ressemble une journée de femme enceinte ?

A force d’idéaliser la grossesse, certains aspects passent complétement sous silence. Comme j’en ai marre de ne voir que des madones béates devant leurs ventres qui s’arrondissent : parlons vrai, parlons franc, un jour il faut que le monde sache.

Il est 16h, tu entres dans ton quatrième mois…

T’es heureuse, tu dépasses enfin les nausées matinales qui se prolongent jusqu’à 20h du soir (c’est quoi, la définition du matin, en médecine ?). Tu parviens à retrouver un peu de tonus au fur et à mesure que tu quittes le premier trimestre. Tu sens ton bébé bouger pour la première fois, ce qui te fait relativiser les fringales et ton hyper salivation…

Et puis tu te réveilles de ta troisième sieste de la journée avec des douleurs articulaires pas possibles. Héééé oui chérie, bienvenue dans ton corps 2.0, il a été mis à jour pour s’assouplir au niveau des tendons afin de s’adapter à la taille croissante de ton utérus.

Alors tu te dis que tu vas prendre un bain chaud. C’est cool les bains, ça détend, ça soulage (t’inquiète pas cocotte, ta baignoire sera ta meilleure amie, un jour tu seras soudée à l’émail, tu devras appeler ton mâle géniteur pour t’extirper de là parce que tu seras bloquée, c’est drôle). Alors que tu te prépares, tu oublies des trucs, tu es à côté de tes pompes… Et là ton compagnon chéri te fait remarquer un détail oublié et tu t’emportes. Il te dit que ta personnalité semble avoir changé et en plus tu as des sautes d’humeur. Bah oui, pas de raison qu’il y ait que le corps qui déguste, le cerveau est aussi de la partie. Les hormones te chamboulent complétement, tu deviens mono-neurone par-dessus le marché. Attention, layette ! Hop tu es distraite et tu repars à béatifier.

Tu te retrouves dans ta salle-de-bains, tu te mets nue. Oh ton ventre s’arrondit, c’est sympa. Pour l’instant. Dans moins de six mois, tu auras oublié ce moment où tu souhaitais que ton ventre se voit afin d’afficher ta grossesse. C’est long neuf mois ma poule. Mais là t’es contente alors tu savoures. Et tu te dis que les vergetures, c’est pas pour toi. Ah, malheureuse. Tu te penches en avant pour remettre le tapis de sol en place et AH OUI MERDE JE SUIS ENCEINTE.

Tu lèves la jambe, te voilà légèrement bloquée par le bidon naissant qui te ravissait trente secondes auparavant. Tu appréhendes un peu, tu as demandé à Jules d’installer des tapis anti-dérapant, okazou. Aussi a-t-il été obligé d’en coller aussi sur les murs, parce que tu t’angoisses à mort. Il a fallu faire venir ton père aussi, pour percer des trous dans les carreaux : t’as peur de la chute alors tu as fait installer des poignées pour t’accrocher.

Tu te vautres avec la grâce d’une baleine qui s’échoue dans ton bain chaud. Avec la température de l’eau, tes vaisseaux sanguins se dilatent : tu ressens un léger étourdissement, tu ne fais pas un geste le temps que ça passe. Tu regardes tes seins et tu te dis que Florence Foresti avait raison : t’as la carte du métro de Paris en filigrane. L’aréole est devenue plus sombre et même le clapotis de l’eau est une sensation désagréable.

Bon, tes articulations se relaxent. Maintenant, Chéri d’Amour toque à la porte toutes les deux minutes pour proposer son aide. Il ne comprend pas que tu as des trucs à prouver tu sais, il est anxieux et ta fierté est un peu malmenée d’être traitée comme une femme en convalescence. Comme pour manifester son accord avec toi, bébé tape. Ou alors c’est un gaz, faut dire que ton utérus commence à bien comprimer tes viscères. D’ici quelques semaines, tu relativiseras ce que tu appelais “constipation”. Tu auras aussi la sensation que tout ce qui ne sort pas en bas remonte par le haut : tu auras de jolies remontées gastriques.

Alors que tu commences à te lever pour sortir du bain, tu ressens un vertige assez fort. A ton corps défendant, tu appelles Futur Papa, qui vole à ton secours. Au diable ta fierté, te dis-tu, d’ici quelques mois ce sera journée portes ouvertes à la maternité. Et tu as raison. De toute façon, depuis que tu es enceinte, ton corps ne t’appartient plus vraiment : il fait ce qu’il veut, comme il veut et n’importe qui te touche le ventre sans te demander l’autorisation. Alors bon, dans ces conditions, la dignité hein…

Tu t’allonges nue et mouillée, blottie dans ton peignoir avec ton homme doux et prévenant contre toi. Tu sens une chaleur familière monter : ce ne sont pas les bouffées de chaleur cette fois, mais bien ta libido qui taquine. Et encore une fois, ton corps te dit “je t’emmerde”, ton sexe est plus serré que d’habitude, gonflé, et ne réagit pas comme avant. Tu n’es pas tout-à-fait au bout de tes surprises, tu sais, après ton accouchement ton corps ne sera plus exactement le même.

Bon, après le sexe, tu veux te faire un café, mais tu ne peux pas. Alors tu pleures. Et puis tu ouvres une boite de biscuits, parce que tu ressens une obsession pour le sucré. Il n’en reste plus qu’un alors tu pleures tout ce que tu peux. Genre le jour de la mort de Pépito, ton chien adoré, tu n’avais pas pleuré autant. Chéri se propose de te faire des crêpes pour te remonter le moral, ce qui marche évidemment. D’ici quelques semaines tu auras l’estomac comprimé et tu devras fractionner tes repas.

Vient le moment du coucher… Tiens, c’est nouveau les cauchemars horrifiques, c’est charmant.

Alors oui la grossesse est un moment unique, c’est beau, c’est poétique et ça peut être très bien vécu. Mais ça ne veut pas dire que c’est un pur moment de plaisir.

Article posté à l’origine sur Quora.fr

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