Miroir des âmes  – un roman de Serely Lalla

Chapitre 1 : Les Braises

Episode 1 : Electrique

Premier épisode de cette histoire récurrente à suivre sur le blog. Un univers fantastique mettant en scène des protagonistes aux capacités... horsnormes. Une série de texte signée Serely Pour vous servir ! 


“Reste concentrée, Médéa...”

Elle avait bien du mal à obéir à sa propre injonction. Le sentiment d’urgence qui lui serrait le cœur faisait tonner le sang dans ses oreilles. Elle cherchait les trois frères. Une intuition aussi folle que brutale lui déchirait la tête en deux : ils étaient en danger. Elle devait les retrouver. La froide bourgade touristique se montrait sous une nuit menaçante. Oppressée, Médéa tentait de se retrouver dans le dédale des rues médiévales. Il faisait noir et la ville était déserte, comme morte. Elle se fia aux souvenirs de la journée, et supputa qu’elle se dirigeait vers le château. Parfait, c’était sa destination. Elle accéléra le pas, ignorant ses pieds se coinçant dans les pavés de pierres irréguliers.

Un mouvement d’air et un changement d’odeur : elle arrivait enfin à l’esplanade du château. Là elle prit quelques instants pour se concentrer. Où êtes-vous ? Elle les suppliait de se révéler, d’envoyer un signe... Soudain, l’éclairage de l’esplanade s’alluma. Éblouissant...pour s’éteindre et grésiller. Les ampoules des lumières électriques chauffaient dans leurs supports mais projetaient une lueur agonisante avant de s’éteindre à nouveau. Et répéta ceci, par intermittence. L’air chargé d’électricité confirma le responsable du phénomène.

“Timanthe... J’ai trouvé Timanthe.

– Parfait. Continue...”

La lumière étant plus ou moins revenue, elle s’autorisa à écouter son sentiment d’urgence. Elle traversa à toute hâte la place sans âmes et ses oriflammes narquoises. Elle savait désormais où elle allait... Timanthe était en danger. À cette pensée, son cœur s’emballa, et la chaleur la poussa à accélérer. Au loin, un vol de corbeaux croassa furieusement.

Voici le château. Lieu touristique la journée. Scène de cauchemar la nuit. La grille du bâtiment s’ouvrit d’elle-même... Comme si quelqu’un avait désactivé tous les verrous magnétiques. Timanthe était encore conscient, et décidé à être retrouvé. Il avait encore de l’espoir.

“Ou l’énergie du désespoir... Pour sauver nos deux autres frères...

– S’il te plaît, n’y pense pas. Dépêche-toi de venir.”

Elle écarta leurs craintes d’un revers mental. Pas toujours très confortable de partager les pensées. S’avançant dans la cours de l’édifice médiéval, Médéa s’autorisa une longue inspiration. Elle ignorait ce qu’elle allait trouver entre ces murs. Même si ce n’était pas la première fois que leur petit groupe se retrouverait à faire face à ce genre de monstre... L’instinct de la jeune-femme lui hurlait sa sirène d’alarme. Ce sera donc une sorte de baptême du feu. Ou de dernier acte. Pas de panique, pas maintenant.

Elle traversa la cour. La lourde porte en bois d’époque avait été retirée, laissant place à une porte vitrée automatique. Le rideau de fer était levé à demi. Les volets coulissants de la porte dansaient une gigue lugubre. Elle se faufila. A l’intérieur, le comptoir, les affiches, les cartes postales...Au fond la boutique client, la caisse enregistreuse poussait quelques cris d’agonie pendant que son tiroir s’ouvrait et se fermait. Elle prit sur sa droite, pour accéder aux escaliers massifs en colimaçon. Elle ignora les flèche guidant le visiteur innocent ao sommet de la tour pour s’enfoncer dans les entrailles de l’ancienne forteresse.

Des bruits, des gémissements... l’humidité, l’électricité. Elle avait la chair de poule.
Une énorme porte en métal la coupa dans ses pensées. Alors qu’elle la poussa, un rire enfantin hystérique l’accueillit et une puissante odeur de soufre lui sauta au visage.

“J’ai tes choses, j’ai tes choses !”

Mes choses... ? Médéa, incrédule, dévisagea l’inquiétante créature qui se dressait entre elle et les trois frères de Dante. Piaillant petite Chose, elle avait clairement renoncé à tout effort de socialisation humaine. Un accoutrement improbable, des cheveux comme un nid d’oiseau, une hygiène douteuse... Et surtout une lueur de folie au fond des yeux.

Mais comment est-on arrivé là, c’est un cauchemar... Deux ans auparavant, nous mangions tranquillement à table avec les quatre frères Althiero et maintenant...

“J’arrive, tiens bon, ne flanche pas...”

Presse-toi donc ! Médéa ne voyait vraiment pas comment elle allait se dépêtrer de cet épouvantail sans perdre la vie. Elle gesticulait, sautillante, incohérente. Scène surréaliste.  L’absurdité fit grogner de colère la jeune-femme.

“Mais qu’est-ce qui te rend aussi joyeuse...”

Et Médéa s’avança de quelques pas en directions des trois silhouettes en boule sur le sol. Deux réagirent. Pas la troisième. La folle vint s’interposer entre elle et les trois garçons. Médéa eut le temps d’envoyer un vague apaisante et de murmurer :

“C’est bon Timanthe. Je suis là.”

La harpie lui saisit le bras, du coin de l’œil, elle vit la troisième silhouette se relâcher. La première remua franchement.

Médéa se tourna vers la chose agrippée. Elle ignorait complètement si la créature était réceptive ou non à ses vagues émettrices. Son instinct lui souffla que non : elle avait  décroché de toute humanité et perdu toute faculté à tisser du lien. Inutile de se maîtriser plus longtemps donc. Médéa laisse éclater sa colère et sa peur. Les trois frères y réagirent aussitôt.

“Qu’est-ce que tu leur as fait ? Libère-les, espèce de tarée ! Libère-les !

– Tarée, tarée... Non non pas gentille la Fille, pas gentille...”

De pire en pire, la voilà à soliloquer façon Gollum. Et où est son Anneau, à celle-là ?

“Mais Fille belle, oh oui... Fille puissante... “

À la bonne heure... Dante pitié...

Une puissante secousse lui répondit. Le bâtiment trembla sur ses fondations.

Dante était arrivé.

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