Ecrire des personnages romans

La psychologie de ses personnages : l’approche des blessures

Il existe de nombreuses méthodes pour entrer dans la tête de ses personnages pour les développer en profondeur… ou moins en profondeur si le récit ne l’exige pas, ou encore s’il s’agit d’un personnage d’arrière plan.

Dans le cadre de nos personnages principaux, il vaut mieux dresser un portrait le plus fidèle possible. Idéalement, vous devriez l’entendre parler dans votre tête ou le voir agir.

Une des approches qu’on peut utiliser pour entrer dans la tête de nos personnages est celle des blessures.

Ecrire des personnages romans

Les blessures : des facteurs de changements pour les personnages d’un roman

Qu’est-ce que la personne a expérimenté qui l’a changée ?

En effet, même dans une vie sans histoires, on peut connaitre des épreuves. Ces difficultés ne nous forgent pas toujours pour le mieux, la déformation de Nietzsche « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » est une belle connerie : un traumatisme… traumatise et pousse la personne à se transformer.

Par exemple, une grossesse non désirée peut être très stressant pour une femme. Selon les circonstances dans lesquelles cette grossesse s’est manifestée et comment elle a été traversé, la vie de votre cette héroïne a pu être marquée. Cette expérience peut resurgir à d’autres moments, comme lorsqu’une amie à elle tombe enceinte et le vit bien… Jalousie, chagrin, ou honte ? Ou bien ça resurgit lorsqu’elle rencontre votre héros et qu’ils sont faits l’un pour l’autre mais que cette peur empêche Madame de céder sous les draps…

Cette blessure aura rendu notre héroïne plus secrète, renfermée, moins épanouie sexuellement et moins disposée envers son amant. Un moteur de problèmes à venir potentiel à exploiter.

La blessure peut aussi être l’explication du comportement et du besoin changement dans le récit Une grande gueule bravache et sans empathie se montre soudainement sous un autre jour lorsque l’auteur introduit le pourquoi de sa blessure : un immense manque de confiance en lui induit par l’abandon de sa mère. Surmonter ce comportement négatif lui permettra d’accéder à l’amour de sa compagne… Mais il doit d’abord affronter sa blessure…

Approcher son personnage par le filtre des blessures permet de lui donner du corps et de vraies motivations.

Les conséquences d’en prendre plein la tronche

Lorsqu’on vit une violence infligée par autrui, il me semble évident qu’on aura du mal à accorder sa confiance aux autres.

Lorsqu’on vit avec un regret trop lourd, toutes les décisions qu’on prend dans le futur sont impactées et seront constamment comparées à la vie fantasmée parallèle qu’on s’est inventée après le clap de fin du « si seulement ».

Une blessure c’est pas juste un truc cool à ajouter sur le CV. Ca entraîne un tas de choses dans la vie de tous les jours ! Cela doit se ressentir pour vos personnages aussi.

Une réaction aux blessures : un moyen d’individualiser vos personnages dans un roman

Comme dans la vie réelle, les personnages de romans peuvent réagir différemment aux mêmes événements. En gardant à l’esprit que ces difficultés peuvent être ressenties avec plus ou moins d’intensité selon les subjectivités, cela peut renforcer l’individualité de vos personnages.

Par exemple, cet accident de voiture a traumatisé votre personnage Anarie à tout jamais et en garde une image extrêmement nette, tandis que Dalissa n’en parlera plus jamais… et fera une petite crise de panique annuelle lorsqu’il est en voiture sur la même route dans les même conditions climatiques.

Anarie est habituellement une bavarde extravertie et devient extrêmement secrète lorsqu’on parle de LUI. LUI, qui est-il ? C’est l’homme de sa vie… Celui qui est mort dans cet accident de voiture. Dalissa va la voir et s’épanche, elle qui est en train de perdre son mari à petit feu dans un cancer… On peut « jouer » (si j’ose dire vu la gueule des circonstances) sur les enjeux émotionnels différents, les petites choses qui vont tirailler les deux femmes, comment l’épreuve vécue par Anarie va impacter sa réaction vis-à-vis de Dalissa.

Quelles sont les blessures que peuvent subir les personnages :

Les grandes familles de blessures :

  • Blessures d’enfance et d’amour. Ca concerne les parents, les figures d’autorité, les adultes qui devaient prendre soin de leur enfant et… qui ont merdé. De façon permanente (maltraitance) ou temporaire (mots qui tuent, emportement, mauvaises compréhensions des besoins d’un enfant…)
  • Blessures infligées par autrui : violence gratuite, insultes, humiliations, sévices plus ou moins graves, meurtre, viol, vol à l’arraché… Mais aussi parfois la froideur bureaucratique, la maltraitance ordinaire, l’indifférence d’un client face à la détresse d’une vendeuse, le harcèlement sexuel.
  • Blessures « la vie c’est de la merde » : les coups de pas de bol, les deuils, les grossesses qui se passent pas bien, les maladies, les pertes de trucs dans des circonstances pas possible comme un feu une catastrophe naturelle…
  • Blessures auto infligées : mutilation de soi, faible estime de soi, confiance donnée aux mauvaises personnes, non reconnaissance de ses besoins, amour mal placé, vocation non suivi, regrets et mélancolie, perte de sens…

Un exemple pour rigoler

Je ne comprenais pas, petite, comment ma copine de classe avait perdu une phalange. On aurait dit que quelque chose l’avait coupée net comme un bout de pâte à modeler avant de remettre la peau toute neuve dessus.

Plus tard j’ai eu un épisode de fièvre très intense. J’ai halluciné : des petits lutins sorte du mur le long de mon lit par des petits escaliers et se dirigent vers ma man avec une grande paire de ciseaux. Et couic le doigt.

J’en ai retiré une peur très intense de la mutilation.
Or on perd des membres classiquement après des accidents.
J’en ai aussi développé une peur de l’accident et je n’ai pas vraiment été casse-cou comme enfant.
Je désinfecte mes plaies avec soin, je vais chez le médecin si je soupçonne une infection…

Et j’ai pris grand soin, très grand soin, d’apprendre à manier les lames pour que jamais je ne dérape sur une phalange.

Alors le jour où j’ai perdu de l’épaisseur en me rapant le doigt sur une mandoline, j’ai failli faire un malaise à l’idée d’avoir perdu l’usage de mon précieux majeur de la main droite… Et si je ne pouvais plus dessiner ?

Voyez ? C’est vraiment une blessure à la noix à l’origine un peu délirante au passage et pourtant ça m’impacte. Si un être humain sur Terre a pu développer une peur de la mutilation après une hallucination de fièvre enfant…. Vous pouvez vraiment vous lâcher.

Comment faire :

Je vous invite à vous faire des petites fiches mémos de ce genre de petites choses et de créer, vous-même, les blessures et leur conséquences.

Commencez par lister vos petites catégories puis par les remplir avec les trucs pas cools « incendie » « mariage échoué » « parents à amour variable » « divorce parental » puis, lorsque vous avez cerné ce que vous voulez pour vos personnages, approfondissez. Ce que vous développez peut vous aider pour d’autres personnages ensuite et vous faire gagner du temps !

Sur ce je vous souhaite une très bonne séance d’écriture !

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