Comment créer la psychologie de ses personnages

Créer la psychologie de ses personnages est l’un des plus gros défi du conteur. Qu’on soit scénariste, romancier, scénariste ou qu’on conçoive une bande-dessinée, la psychologie de nos personnages se doit d’être profonde et cohérente. C’est pourquoi je me propose de transmettre ici quelques outils afin d’élaborer des personnages profonds et intéressants.

1 – Qu’est-ce qu’un personnage à la psychologie intéressante ?

Avant de s’attaquer à voir les outils que j’ai conçu et développé, attardons-nous quelques instants à définir la notion de « psychologie intéressante ». Dans une histoire, un personnage dont la psychologie intéresse est un personnage dont les actions, pensées, émotions et réactions sont cohérentes. Aussi, le personnage est compréhensible par sa cohérence, on peut saisir ses motivations profondes. Nous, lecteurs, pouvons ressentir de l’empathie, de la sympathie ou de l’antipathie pour lui.

Le personnage intéressant est aussi un personnage qui sort, qui casse, qui efface les conventions habituelles, qui évite les clichés. Il ne peut pas se résumer à une phrase simple dans ses attributs comme « c’est le gars sympa qui aide l’héroïne » par exemple. Ou encore qui ne correspond pas à l’archétype du Gros Bill, de la Mary ou du Gary Sue, pour qui tout est facile.

Enfin, le personnage à la psychologie intéressante est un personnage dont la connexion avec l’auteur est presque palpable. On sent un vrai plaisir chez ce dernier pour la mise en scène de son personnage. Je pense par exemple à Hercule Poirot d’Agatha Christie. Son histoire est fouillée, détaillée. Les zones de mystères sont gardées à bon escient. L’auteure soumet son personnage à de multiples situations qui tantôt se prêtent à l’exercice de ses talents,tantôt viennent le bousculer et le confronter à ses difficultés. D’ailleurs, ce qui lui est facile est facilement identifiable, ses zones de difficultés aussi, et les zones d’ombres qui habitent le cœur du personnage ne se résument pas à un simple « il a perdu ses parents quand il était petit ».

Un point de vue personnel sur l’humain

Alors que nous avons vu ce qu’était un personnage intéressant, voyons comment le créer. Or il se trouve que les meilleurs auteurs sont aussi de fins observateurs de la nature humaine. Leur curiosité, leur envie de décrypter le comportement humain, leur passion pour la façon dont fonctionne les personnages leur permet de mettre en scène des personnages aussi ambivalents que profonds. C’est ainsi qu’ils créent la psychologie de leurs personnages.

Prenons J.K Rowling : dans sa saga Harry Potter, on pourrait penser que l’auteure cherche à déterminer ce qui conduit un être humain à être quelqu’un de bon, ou quelqu’un de mauvais. Elle semble chercher à tirer l’essence même de ce qui motive un humain à se conduire « bien », à être quelqu’un de bien, dans le bien… Ou au contraire à être mauvais.

George R.R Martin quant à lui construit des personnages aussi profonds que cohérent… Mais les individus ne sont pas le cœur de son histoire. Ce qui l’intéresse, c’est de tester comment chacun s’intègre dans la tapisserie globale d’un évènement constitués de micro-évènements qui font l’Histoire.

Nous avons donc deux auteurs motivés par des expériences différentes. Pourtant l’un comme l’autre nous livrent (livre… héhé) une vision personnelle de la psychologie humaine, centrée notamment autour des motivations de leurs personnages. Que leurs œuvres nous plaisent ou non, les personnages qu’ils mettent en scène fascinent. Ils sont construits, profonds, cohérents.

Ainsi dans votre démarche, il pourrait être pertinent de définir avant toute chose ce qui vous intéresse. L’individu, ses enjeux, sa morale, la façon dont il réagit aux évènements ? Ou au contraire, comment la course des évènements va venir infléchir sa trajectoire ?

Un point sur la psychologie tout court

La psychologie est un domaine des sciences humaines étudiant l’esprit, les pensées, les comportements, les modes d’interaction, les émotions et sentiments d’un individu ou d’un groupe d’individu. En tant que science humaine, elle comporte une logique interne, avec une méthodologie propre ainsi que des outils d’études et d’observations.

Le problème est qu’il existe un certain nombre de courants au sein même de la psychologie. L’étudier revient à mettre le pied dans un engrenage assez lourd. Passionnant mais complexe, les différents courants sont parfois contradictoires, parfois complémentaire. Discipline universitaire, elle propose son propre lexique, ses méthodologies, ses façons de faire.

Et si je vous proposais une petite version simplifiée ? En tant que conteur, nous n’avons peut-être pas besoin de connaitre ni de maîtriser la psychanalyse lacanienne, mais d’avoir quelques bases qui nous permettent de construire le personnage de façon profonde, cohérente. Surtout s’il s’agit du narrateur.

2 – Théorie Serelyenne à usage du conteur

Le propos de la théorie : basée sur le dialogue intérieur

Je m’appuie pour vous proposer cette petite feuille de route sur mes propres connaissances. Ayant étudié les sciences humaines et les sciences, je me suis plongée dans différents ouvrages psychologiques. J’ai ainsi appris, observé, compris, appliqué certaines notions proposées dans ces ouvrages. Je me suis aussi penchée sur d’autres outils qui, bien que moins scientifiques, restent utiles et permettent de simplifier un peu.

En aucun cas, je ne prétends cet outil comme étant une grille d’analyse à usage professionnel. Ni même qu’il s’agit d’une théorie scientifique sérieuse. Il s’agit d’un outil qui, je l’espère, pourra simplement vous aider à faire attention à la façon dont nous créons la psychologie de nos personnages. C’est tout et c’est déjà pas mal !

créer la psychologie de ses personnages par le dialogue intérieur

Votre personnage est un être humain doté d’un cerveau et notamment d’un cortex pré-frontal. Sorti de la petite enfance, il aura appris à discriminer, évaluer, jauger des différentes situations, réelles ou imaginées. Il a aussi appris à donner la priorité à certaines informations plutôt que d’autres.Faire attention à ces éléments et les penser avec soin permet de construire un personnage qui réagit de façon cohérente.

De quoi sera-t-il fait ?

De quoi sera constitué la grande partie du dialogue intérieur de votre personnage ? Est-il analytique, impulsif, émotif ? Est-ce un empathe, ou un paranoïaque ? A quoi fera-t-il particulier attention en rencontrant un humain, un bâtiment, une situation ?

Pour illustrer ces questionnements, voyons la même scène vue par trois personnalités différentes. Une personne empathique et tournée vers le ressenti de l’autre et ses ressentis corporels, un analyste de type « enquêteur » qui oublie son corps et ses émotions, et quelqu’un d’attentif aux signes extérieurs et au statut et à sa propre image. Trois les trois entrent dans une pièce, un bureau, pour rencontrer un recruteur.

Personnage 1 : l’Empathe.

J’entre, et j’espère ne pas avoir l’air trop négligé. Après deux heures dans les transports, je me sens sale, transpirant, décoiffé. Un homme se lève en me voyant entrer. Il est grand, plutôt beau garçon. Son visage est ouvert, il me regarde droit dans les yeux et me tend la main en se présentant. Son ton est poli, posé, il semble décontracté et sûr de lui. Rasséréné, je lui tends la main à mon tour en faisant attention à ne pas tourner mon poignet ni trop vers le haut, ni vers le bas. Pourvu que ma main ne soit pas moite !

Personnage 2 : l’Analyste

La porte est froide, comme dans toutes les entreprises. Je tourne la poignée. Un homme me voit, se lève et s’approche. Grand, le menton légèrement levé et les gestes amples sans être invasif. Une alliance à la main gauche, le téléphone posé près de deux dossiers dont un d’où dépassent des CV. Le premier est sûrement le mien, d’ailleurs, il énonce mon nom et mon prénom directement. Un homme professionnel, organisé, compétent. Je tends la main à mon tour et me souviens qu’il convient de sourire dans cette circonstance.

Personnage 3 : le Carriériste

Je n’ai pas mis mon plus beau costume. Ce n’est qu’une boite de 250 personnes en province, et pour le salaire proposé, je n’allais sûrement pas risquer de froisser mon beau costume italien sur mesure. Bien taillé cependant, il me met en valeur. Je vérifie dans la glace que ma coiffure et mes vêtements soient bien en place. J’entre. Un homme, un costume prêt-à-porter de bonne qualité, alliance en or blanc et smart-phone dernier cri m’accueille de façon aimable et professionnelle. La pièce est impersonnelle, ce n’est pas son bureau. Les dossiers sur la table m’informent : il s’agit d’un chasseur de tête, un externe, engagé spécialement pour le recrutement. Je décide de le prendre de haut.

Échelle verticale et classement horizontal

Afin de construire ce dialogue intérieur, on peut se baser sur différents éléments. Le premier, c’est la façon dont la personne classe et hiérarchise les gens, les situations, les objets.

Il existe différentes façons d’évaluer quelque chose. Soit en le classant, l’étiquetant, en lui donnant une définition… Soit en le plaçant sur une échelle de valeurs. Est-ce que votre personnage commence à classifier quelqu’un ou quelque chose selon un sentiment diffus de « bon » ou « mauvais » (verticalité) ou selon une échelle horizontale comme un bibliothécaire ?

Par exemple, assez clairement le personnage Carriériste trie les gens d’abord selon des éléments extérieurs qu’il classifie verticalement selon leurs valeurs, avant de les placer dans une catégorie. L’Analyste catégorise horizontalement avant de placer les éléments sur une échelle de valeur, échelle de valeur n’est pas basée sur les mêmes éléments que le Carriériste. Quant à l’Empathe, il semble d’abord écouter un sentiment diffus, son échelle de valeur intérieure, avant de classifier la personne dans son système interne.

Émotion, sensation physique et pensée intérieure

Alors, à quoi prêtent-ils spécifiquement attention ? Globalement, les personnages se repèrent et naviguent dans leur monde intérieur et le monde extérieur en faisant attention à différents éléments.

Sensation :

Sont-ils spécialement investis à travers les informations leur corps leur envoie ? Sont-ils conscients de leurs perceptions physiques (température, lumière, sensation corporelles), à leur situation dans l’espace ou à un jugement esthétique ?

Pensées intérieures :

Peut-être sont-ils plus attentifs à leurs pensées, leurs analyses ? Ecoutent-ils leur voix intérieure de l’imagination ? Se parlent-ils à la deuxième personne du singulier, se posent-ils des questions ?

Émotions :

A moins qu’ils soient plus à l’écoute de leurs émotions, sentiments et ressentis ? Peut-être leur façon de ressentir les choses les poussent-ils à réagir différemment ?

En conclusion : comment créer la psychologie de ses personnages ?

Se focaliser sur le dialogue intérieur des personnages permet de construire un personnage psychologiquement cohérent. Ces quelques questions ouvrent la voie à une narration fluide, donnant des informations sur le personnage. Ainsi, maîtriser les bases psychologiques de vos personnages permet de leur donner du corps, du sens, de l’émotion et des pensées, à partir desquelles les réactions et les interactions couleront de source.

Pour aller plus loin,

Vous pouvez vous aider de ces quelques outils, sur lesquels je reviendrai prochainement :

  • Le MBTI – basé sur les théories psychologiques de Jung, il permet de mettre des mots sur la façon dont un individu prend ses décisions. A prendre avec des pincettes : 16Types
  • L’Ennéagramme, à prendre avec des pincettes là encore, il permet de jouer sur les mécanismes de défense de l’individu, de voir ce qui le motive : enneagramme.com
  • L’Analyse Transactionnelle – permet d’approfondir le type d’interaction et les modes de communication que les individus adoptent : Parent – Adulte – Enfant. A travers ces différentes postures adoptées, l’AT propose d’analyser les besoins de l’individu. Analyse Transactionnelle.

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